Mais combien ça coute un site ?

Fin de l’été, de retour au clavier. Alors je me dis que je vais lancer une série de sujets sensibles dans le métier de la création internet, de façon simple. Cette semaine (là on dirait presque que je vais faire de l’hebdomadaire) :

Mais combien ça coute un site ?

Cette question est légitime, nécessaire, banale. Si je veux un site, je veux aussi savoir combien ça coute. Sauf que bon, le problème avec cette question c’est qu’elle est bien trop vague pour que quelqu’un de censé y réponde en l’état.

J’entends par là quelqu’un qui a l’intention de produire le site en question et de le facturer au prix annoncé, peu importe le montant. Et oui car il ne faut pas croire qu’en balançant une rondelette somme au hasard l’affaire est pliée. Quelqu’un qui paye s’attend à en avoir pour son argent. Donc si c’est d’argent qu’il s’agit, on ne compte plus les heures, erreur fatale.

Quelqu’un m’a donné comme solution d’opposer à cette question la réponse suivante : “le prix d’une voiture”. C’est aussi vague que la question et ça permet de rebondir ensuite sur le spectre des possibles entre la 205 diesel millésime 84 du voisin et la dernière Bentley Continental GT. Je trouve que ça a par contre le désavantage le braquer un peu le client. Ça dépend qui on a en face bien entendu. De toute façon c’est pas une réponse.

La réponse à la question :
La réponse à la question est “ça dépend du site”. Super réponse de normand, merci bien, super ton post, je reviendrai.

La vrai réponse à la question :
Lorsqu’on considère un site (un extranet, une application en ligne…) il y a plusieurs couts :

  • Les couts de mise en place (de création);
  • Les couts de fonctionnement.

> Les couts de mise en place

Un site c’est une partie graphique, un squelette, de l’intelligence, du paramétrage (et des tests) plus tout un ensemble de choses, assez souvent inutiles (pas toujours) mais dont on parle en premier car “ça fait pro” ou “ça claque”. On peut mettre le plus souvent dans cette catégories les animations flash, les gifs animés, les sons et musiques, le truc qui fait papa-maman mais dont personne ne saura se servir…

faire la différence entre la fioriture et le plus internaute sera l’objet d’un autre post, de toute façon ces choses tombent dans une des autres catégories d’une manière ou d’une autre.

Les couts de mise en place se comptent en jour/homme pour tout ce qui n’est pas matériel évidemment. Cependant posséder ses propres serveurs est à mon sens un métier vraiment différent de celui de la création web. Je préfère largement sous-traiter cette partie à des hébergeurs purs. En général je les laisse même passer en direct pour éviter la gestion commerciale de cette partie, chacun sa stratégie, ça représente cependant un revenu complémentaire récurrent donc intéressant dans les cas ou les clients ne veulent s’occuper de rien.

- Partie graphique :
Pour un site vitrine, dans la plupart des cas, on pourra se contenter de 2 à 4 jours de design pur, c’est à dire l’intervention d’un graphiste de niveau bon à très bon qui va retranscrire l’identité du client en ligne, prévoir la vie du contenu dans le site et réaliser les différents canevas/templates (je parle de canevas et pas de pages car je parle principalement de sites dynamiques, c’est à dire modifiables par une administration, même sommaire).

Dans le cas d’un site complexe, transactionnel ou très graphique on peut passer 10 à 15 jours sur la direction artistique (DA) et jusqu’à beaucoup plus bien entendu pour des sociétés qui veulent un traitement graphique pointu.

Le cout d’un jour/homme pour la partie graphique se négocie entre 400 et 700 euros en 2008.

- Le squelette :
Le squelette c’est la structure de ce qui s’affiche à l’écran. C’est le HTML (+CSS). C’est primordial pour deux raisons :

  • Compatibilité sur les différents navigateurs/appareils;
  • C’est ce que lit Google, donc c’est LE truc à ne pas sous-estimer.

Je sens qu’on va me parler de plein d’autres raisons mais tant mieux. Je n’ai pas envie d’aller plus loin pour le moment. Le squelette c’est autant de pages à produire que de canevas/templates (note : concept redondant qui sera abordé dans la partie intelligence) sachant que la première pages est la plus longue à produire normalement. Ca varie souvent entre 2 et 4 jours a peu près proportionnellement à la partie graphique.

Le cout d’un jour/homme pour la partie squelette se négocie entre 400 et 550 euros en 2008.

- L’intelligence :
L’intelligence, c’est l’évolution des données du site, l’interactivité, le tri, la vie (ok je m’emballe). Ca dépend de ce qu’on veut faire, évidemment, ça dépend donc du besoin. C’est le développement, les abréviations extra-terrestres du type PHP, SQL, Ajax etc…

Certains sites ne sont pas du tout “intelligents”, c’est à dire qu’ils sont figés, sans base de donnée, c’est de plus en plus rare mais ça peut encore avoir du sens dans le cas d’une information vraiment figée. Une information publiée une fois pour toute (résultats, rapports, états) ou temporaire (évènement, info figées dans le temps, site temporaire).

La plupart des sites ont un ensemble de pages qui sont mises à jour dynamiquement (via une administration en ligne), présentent la possibilité d’ajouter des pages, un formulaire de contact et au moins un type de données variables. Keskidi ? Ce blog est l’exemple type de ce type d’architecture :

  • A propos est une page, je peux en ajouter d’autres dans le menu du haut, genre “mes références” ou “mes amis” ou “mon chat”;
  • Contact est mon formulaire de contact, classique, basique, rien à dire;
  • Les news ou posts ou actualités sont un type de données variables. J’affiche les dernières en home, je peux les présenter par date, par catégories, par élément simple, par tag, par recherche. Bref dans tous les sens, c’est beau, c’est intelligent, c’est pas moi qui l’ai fait, c’est Wordpress.

Ce qui me permet de rebondir sur la création de l’intelligence et donc le nombre de jours nécessaires et donc le cout. Dans le cas d’une architecture “simple” de type blog, site vitrine, galerie d’image, forum… Il existe désormais beaucoup d’outils avancés de type CMS qui permettent de réduire le temps de création (programmation), j’ai bien dit réduire, pas supprimer. Parmi ces outils Wordpress, Drupal, Joomla… qui peuvent être utilisés de bien des façons, souvent pour autre chose que des blogs d’ailleurs, et qui ont l’avantage de présenter énormément de plugins pouvant faire tout un tas de choses (donc autant d’intelligence en moins à pondre).

Il est donc important de bien comprendre que pour des choses apparemment très proches on peut passer rapidement de 3 jours à 30, c’est que plus on s’éloigne de ce que fait l’outil plus on doit générer de l’intelligence, avec tous les cas particuliers, vérifications, sécurité, optimisations pour le référencement etc… que ça implique. Dans le cas d’un site qui ne s’approche pas d’un CMS, on utilise à partir d’une certaine taille les frameworks pour réduire les temps de développement. Les frameworks sont les briques Lego de la programmation, des ensembles de bibliothèque et de structures qui accélèrent le développement.

Ha bah on est bien avancé ! Oui et non, en fait cette partie se juge à la tête du développeur qui est en face. Plus il fait des têtes bizarres, plus c’est cher. Moins ses sourcils bougent, plus c’est facile (et donc moins c’est cher).

Si la méthode précédente n’est pas disponible, l’idée est de coller le plus possible aux outils open-source existants et de les combiner, le cas échéant, de la façon la plus adaptée. La tendance c’est kiss (Keep It Stupid, Simple) dans le web, c’est à dire simple, facile, léger, rapide, agile. Plus on aura de types de données différents à traiter, plus on complexifie la manœuvre bien évidemment.

Je répond rapidement à la partie canevas/templates ici. Ce blog utilise en gros deux canevas, deux manière de présenter les contenus, et encore je suis sympa. En général une présentation en liste et une présentation pleine page (ou information dépliée). Le code fait ensuite rentrer les bonnes données dans les bons affichages. Bien sur le deuxième est plus simple à produire car on garde l’en-tête et le pied de page + une partie de la colonne.

Le cout d’un jour/homme pour la partie développement/intelligence se négocie entre 600 et 1000 euros (et +) en 2008.

- Le paramétrage (et les tests) :

L’environnement n’est jamais le même, les sites ne sont jamais pareil et donc on a toujours besoin de temps pour paramêtrer et tester que tout fonctionne bien, c’est une étape qui intervient à la fin du processus, elle est donc comptée pour pouvoir revenir un peu sur des détails, fignoler, faire marcher le site là où il va fonctionner. Cette partie est dépendante de ce qui est réalisé et comment. Pour un développement 100% maison, on peut compter 20% du temps en plus. Pour un CMS c’est plus de paramétrage et moins de développement pur et à priori moins de tests. Pour des sites simples, vitrine etc, on comptera une journée ou une demi-journée au tarif développement la plupart du temps.

Dès qu’on parle d’interconnexion entre système distants (APIs bancaires ou autre, développements maison pour interconnecter des sites ou faire circuler des données entre différents systèmes) on peut faire exploser les temps de paramétrage/tests car c’est très souvent plus dur à faire marcher qu’à coder.

Attention, dans le cas où les serveurs sont paramétrés par les développeurs du site, on pourra compter du temps supplémentaire.

> Les couts de fonctionnement

Ca peut aller des modifications éditoriales dans le cas des sites statiques aux couts de location/maintenance du serveur ou aux frais bancaires. Les couts de fonctionnement peuvent aller de 150/200 euros par an pour un petit site vitrine sans trop de trafic, géré par le client sur un CMS éprouvé à des dizaines de milliers d’euros de location ou maintenance de serveur, bande passante, etc pour des sites transactionnels importants.

Indépendement du traffic, la bande passante nécessaire explose dès qu’on parle de gros volumes de données (vidéos, photos HD, imagerie).

> Conclusion

Conclusion je n’ai pas donné de prix, ce qui était bien le but du billet, mais j’espère avoir donnée une idée des postes de dépenses et des mécanismes de pricing. A noter que le prix du jour/homme ne fait pas tout. On peut avoir quelqu’un de pas cher qui bosse lentement et quelqu’un de plus cher qui bosse plus vite…

Edit : Lisez les commentaires très constructifs, merci les gars, ça fait plaisir ;-) Je pense que je vais continuer dans cette voie.


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